En bref
- Les AHA sont hydrosolubles et travaillent en surface : texture, éclat, taches superficielles.
- Le BHA est liposoluble et pénètre dans le pore : points noirs, peaux grasses, imperfections.
- Les PHA ont des molécules plus grosses, pénètrent moins et conviennent aux peaux qui ne tolèrent rien d'autre.
- Un exfoliant chimique se commence à basse concentration, une fois par semaine, et jamais le même soir qu'un rétinoïde.
Les trois sigles désignent des familles d’acides, pas des niveaux de puissance. Choisir entre eux n’est pas une question d’intensité mais de profondeur d’action — et cette profondeur dépend d’une propriété physique simple.
Le critère qui sépare les trois familles
Tout se joue sur la solubilité et la taille de la molécule.
Les AHA — acides alpha-hydroxylés — sont hydrosolubles. Ils restent dans le milieu aqueux de la surface cutanée, où ils desserrent les liaisons entre les cellules mortes de la couche cornée. Leur action est superficielle par nature.
Les plus employés sont l’acide glycolique, dont la petite molécule pénètre le plus, et l’acide lactique, plus gros et donc plus doux. On trouve aussi l’acide mandélique, encore plus gros, souvent présenté comme le plus tolérable des AHA.
Le BHA — acide bêta-hydroxylé, en pratique l’acide salicylique — est liposoluble. Cette seule différence change son terrain d’action : il traverse le sébum et va travailler à l’intérieur du pore, là où les AHA ne vont pas.
Les PHA — acides poly-hydroxylés, gluconolactone et acide lactobionique notamment — ont des molécules nettement plus grosses. Elles pénètrent peu, agissent doucement, et retiennent l’eau, ce qui leur donne un effet hydratant secondaire.
Le tableau de choix
| AHA | BHA | PHA | |
|---|---|---|---|
| Solubilité | eau | lipides | eau |
| Où ça agit | surface de la peau | dans le pore | surface, très doucement |
| Indication première | teint terne, rugosité, taches superficielles | points noirs, pores engorgés, imperfections | peaux réactives, intolérance aux autres |
| Peaux grasses | convient | idéal | convient |
| Peaux sèches | convient (acide lactique) | assèche parfois | idéal |
| Peaux sensibles | prudence | prudence | premier choix |
| Photosensibilité | augmentée | augmentée | augmentée |
| Concentrations de départ | 5 % environ | 1 à 2 % | 5 à 10 % |
Les concentrations indiquées sont des points de départ usuels en cosmétique de vente libre ; elles n’ont pas valeur de recommandation médicale.
Comment choisir, en une question
Qu’est-ce qui vous gêne quand vous regardez votre peau ?
Si la réponse est « elle est terne, rugueuse, le grain est irrégulier », c’est un AHA. Commencez par l’acide lactique plutôt que par le glycolique : il agit un peu moins profondément et se tolère mieux.
Si la réponse est « des points noirs, des pores dilatés, des imperfections qui reviennent », c’est le BHA. Aucune autre famille ne va dans le pore.
Si la réponse est « tout me pique », c’est un PHA. Et c’est un vrai choix, pas un pis-aller : sur une peau réactive, un actif qu’on tolère et qu’on utilise vaut infiniment mieux qu’un actif puissant abandonné au bout de trois applications.
Si la réponse est « ma peau brille et tiraille en même temps », la question de l’exfoliant vient après une autre : il s’agit probablement d’une peau déshydratée qui compense, et le traiter comme une peau grasse aggrave le cercle. C’est développé dans notre point sur la peau grasse et la peau déshydratée.
Le protocole d’introduction
Il est le même pour les trois familles, et le respecter évite l’essentiel des mauvaises expériences.
Semaine 1 à 2 — une application, le soir, sur peau propre et sèche. Un exfoliant s’applique après le nettoyage, avant les sérums hydratants. Le soir, parce qu’il augmente la photosensibilité.
Semaine 3 à 4 — deux applications par semaine, si la première étape s’est passée sans rougeur ni tiraillement.
Ensuite — deux à trois fois par semaine au maximum, en s’arrêtant au premier signe d’inconfort persistant.
Deux règles non négociables autour de ce protocole.
Le lendemain d’une exfoliation, la protection solaire n’est pas optionnelle. Une peau fraîchement exfoliée est plus vulnérable aux UV, et tout gain sur les taches pigmentaires sera annulé par une exposition non protégée. Le sujet est traité dans notre article sur la protection solaire du visage.
Une crème derrière, systématiquement. L’exfoliation retire des cellules mortes qui participaient à la barrière ; il faut compenser. C’est la logique de superposition décrite dans l’ordre d’application des soins.
Les associations
Avec un rétinoïde : pas le même soir. Le risque est cumulatif, pas chimique. Rétinol un soir, exfoliant un autre, et la peau tient. Sur une routine qui démarre le rétinol, mieux vaut d’ailleurs stabiliser celui-ci avant d’introduire un acide — voir débuter le rétinol.
Avec la vitamine C : espacer matin et soir. Les deux sont acides et leur superposition immédiate est souvent mal tolérée. Vitamine C le matin, exfoliant le soir, la question est réglée. Le fonctionnement de cet actif est détaillé dans la vitamine C pour le visage.
Avec la niacinamide : sans difficulté, et c’est même utile. Son action sur la barrière cutanée compense une partie de l’inconfort de l’exfoliation — voir la niacinamide.
Avec un humectant : recommandé. Appliquer un sérum hydratant après l’acide, puis sceller, réduit nettement la sensation de tiraillement. Le mécanisme est expliqué dans l’acide hyaluronique.
Ce qu’un exfoliant ne remplace pas
Deux malentendus fréquents.
Il ne remplace pas le nettoyage. Un acide appliqué sur une peau encore chargée de sébum, de maquillage ou de protection solaire travaille sur cette couche plutôt que sur la peau. Le soir, cela suppose un nettoyage complet, dont la méthode est décrite dans le double nettoyage.
Il ne désobstrue pas un pore déjà bouché en une application. Le BHA agit progressivement, sur plusieurs semaines. Attendre un résultat en trois jours conduit à surdoser, et surdoser conduit à une barrière abîmée — c’est-à-dire exactement le contraire du but.
Le signal d’arrêt
Il faut le connaître avant de commencer. Une peau sur-exfoliée devient luisante et tendue, réagit à des produits jusque-là tolérés, picote à l’eau, et paraît paradoxalement plus lisse au début — ce qui trompe.
Devant ces signes, on arrête tous les acides pendant deux à trois semaines et on ne garde qu’un nettoyant doux, un hydratant et la protection solaire. La barrière se reconstitue seule si on la laisse tranquille. Reprendre à demi-dose plutôt qu’à la dose antérieure est ensuite la bonne façon de ne pas recommencer.
Questions fréquentes
Quelle différence entre AHA et BHA, concrètement ?
La solubilité, et elle change tout. Les AHA sont hydrosolubles : ils agissent sur la couche superficielle de la peau, où ils desserrent les liaisons entre cellules mortes. Le BHA est liposoluble : il traverse le sébum et travaille donc à l'intérieur du pore. Pour une peau terne et rugueuse, AHA. Pour des points noirs et des pores engorgés, BHA.
À quelle fréquence exfolier ?
Une fois par semaine pour commencer, quelle que soit la famille. On monte progressivement à deux, voire trois fois pour les concentrations faibles, en s'arrêtant dès l'apparition de tiraillements, de rougeurs ou d'une sensibilité inhabituelle. Exfolier tous les jours est la cause la plus fréquente de barrière cutanée abîmée.
Peut-on associer un exfoliant et du rétinol ?
Pas le même soir, sauf peau très tolérante et habituée. Le risque n'est pas chimique mais cumulatif : deux actifs qui accélèrent le renouvellement cellulaire sur une peau déjà sollicitée finissent par irriter. L'alternance des soirs fonctionne très bien et donne les mêmes résultats sans l'inconfort.
Les PHA sont-ils moins efficaces ?
Ils agissent plus doucement, ce qui est exactement leur intérêt. Leurs molécules sont plus grosses, donc elles pénètrent moins profondément et provoquent moins de réaction. Sur une peau réactive qui ne supporte ni AHA ni BHA, un PHA apporte un bénéfice réel là où les autres ne sont simplement pas utilisables.
Sources et méthode
- Propriétés physico-chimiques des acides alpha-hydroxylés, bêta-hydroxylés et poly-hydroxylés en cosmétique topique